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Blog Action Day 2008

  

Aujourd’hui est le Blog Action Day, et je voulais participer à ce mouvement, car le sujet me touche beaucoup.

La pauvreté. Ouf, un sujet lourd, surtout dans mon cas. Et c’est la seule qui vient me chercher aussi intensément, qui réussit à m’impliquer par diverses petites actions dans mon quotidien. Parce que je me souviens. Parce que j’ai encore les larmes aux yeux et que je refoule la douleur que j’avais lorsque j’avais faim/froid…Parce que je suis déstabilisée quand je vois des jeunes, des enfants et des adolescents, quêtant pour ce droit qu’ils devraient normalement avoir par défaut: celui de manger et de vivre sous un toit décent.

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Ça commence dès ma naissance. Je m’en souviens peu, sauf de cette douleur dans l’estomac, qui me titillait quasiment à chaque jour, qui me faisait gazouiller. La faim, les “quand est-ce qu’on mange?” qui devaient fatigués les oreilles de ma mère, devenue sourde de toujours m’entendre demander la question qui tue… Du plus loin que je me souvienne, nous n’avons jamais roulé sur l’or. Ma mère faisait des miracles pour me nourrir, mais parfois, ça arrivait que…

Le vide et la sensation de faim sont toujours présents aujourd’hui, même si j’ai le frigo et les armoires remplis à craquer.

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L’envie, lors des dà®ners à l’école, de ce que les autres avaient à manger. Ridicule, je sais, mais comment une adolescente qui débute son secondaire doit-elle se sentir quand elle a de la misère à avoir un lunch décent à chaque jour? Les choses se sont tassées avec le temps, en emménageant avec mes grand-parents (ceux qui m’ont finalement offert un environnement stable pour la première fois de ma vie), mais c’était dà»r. On s’entend-tu pour se dire que l’adolescence est vraiment une période difficile, encore plus lorsque l’on n’est pas habillé comme les autres (ou à la mode), qu’on a de la misère à se payer le matériel scolaire, et que la faim vous fait souvent gazouiller devant tout le monde? Je me demande encore d’o๠m’est venu toute cet entêtement à survivre à cette période chiante…mes mantras d’encouragement “ça va aller mieux à l’âge adulte”…

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Le froid. Je marche sur la rue Sainte-Catherine, juste avant de descendre vers la Place-des-Arts, et je vois des jeunes adultes grelottant de froid, leur chiens/chats sur eux, les corps de leurs amis squatteurs cachés derrière, dormant, tentant de prendre quelques minutes de sommeil avant de se faire déplacer par la police…

Je frissonne. Je me rappelle des vagues de déménagements, d’un appart à un autre, de l’itinérance entre plusieurs endroits, que j’ai dà» vivre très jeune…11 ans, c’est jeune pour dormir sur un banc de parc, même si c’est une chaude nuit d’été.

J’ai les larmes au coin de l’oeil, j’essaie de me retenir. Et tout ce que je peux faire, c’est d’écouter le son de ma monnaie qui tombe dans la main du jeune sans-abris, et sentir son coeur se réchauffer un peu en pensant au café qu’il va se payer tantà´t.

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J’ai de la misère à comprendre les gens qui chialent sur les sans-abris. Non, la majorité n’est pas à la rue parce que ça leur tente. Ils n’ont pas eu la chance d’avoir une personne pour les aider à s’en sortir. Ils ne savent pas quelles ressources ils ont droit d’avoir. Encore que les ressources pour les aider, elles, se font rares…

Ça va prendre quoi pour faire réveiller la conscience des gens? Que l’un de leurs proches tombent dans la pauvreté? On ne veut pas être pauvre: qui peut croire que des gens veulent l’être?

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Je vois des petites dames qui tentent de sensibiliser les gens aux Petits Déjeuners du Québec, au coin d’une rue du centre-ville. Je n’ai même pas besoin de les écouter, elles ont déjà  de mon argent dans leur boà®te: j’aurais aimé que ces dames soient là  quand j’étais petite. Ça m’aurait éviter de me demander le midi d’o๠viendrait mon prochain repas…

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Le Temps des Fêtes est bientà´t à nos portes. C’est le pire moment. Les pires souvenirs que j’ai de mon enfance. De la pauvreté dans laquelle nous vivions, ma mère et moi.

Lorsque je tombe sur la pub de Centraide, o๠l’on voit un jeune garçon devant une assiette vide, avec comme trame sonore un thème de Noà«l…Le vide. La noirceur. L’horreur que cet publicité fait remonter en moi. Je pleure. Chaque fois. Et ça m’enrage. Parce que peu est fait pour changer les choses.Et parce que j’ai une limite à ce que je peux faire pour aider.

Reste que je revois encore en particulier le Noà«l de mes 11 ans, moi devant mon petit bouillon de poulet (dont j’ai réussis à trouver les ingrédients) dans ma chambre, enroulée dans mes couvertes, ce bouillon qui a été ma seule source chaleureuse en cette journée des cadeaux et des repas gargantuesques.

J’essaie encore de le cacher dans le fond de ma mémoire…

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La pauvreté m’a marqué. Au fer rouge, même! Et pourtant, je m’en suis sortie. Je me suis battue pour arriver o๠j’en suis. Ça peut expliquer mes rages de dépenses intenses, mon obsession à toujours acheter de la nourriture même si j’en ai à la maison, à me payer du restaurant souvent…Mais je n’oublie pas. Et je sympathise avec ceux qui sont encore pris avec cette pauvreté. C’est pire que la peste. Parce que personne ne veut t’aider. On en vient à t’ignorer. Tu deviens un fantà´me dans la société, car tu es pauvre. Tu ne peux acheter. Pas de carte de crédit, pas d’identité. La pauvreté, ce n’est pas très marketing, sauf au Temps des Fêtes. Comme par hasard, c’est seulement à ce moment de l’année qu’on se souvient qu’il faudrait faire de quoi contre la pauvreté. Pourtant, la pauvreté est là  à l’année longue, ici même, à cà´té de nous…

Je me devais de partager mon expérience. Tous les jours, je suis confrontée à la pauvreté dans ma société, dans mon entourage. Tous les jours, je tente de changer les sortes, des petits gestes à la fois. Que ce soit de donner ma nourriture que je n’ai pas terminée au restaurant, de donner de mon argent pour les jeunes itinérants, ou de juste vouloir donner du temps pour des organismes qui aident les jeunes sans-abris/jeunes pauvres, je tente de changer les choses. Parce que je me souviens. Parce que je veux aider ceux qui n’ont pas eut ma chance. Parce que je veux aider ceux qui veulent s’en sortir.

Et si sensibiliser juste un peu les gens à la pauvreté, c’est d’écrire un texte sur mon blogue, il me fait un plaisir de m’impliquer et de le faire.

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Je mets des liens ci-dessous d’organismes qui aident à contrer la pauvreté dans notre société. Si jamais vous avez de l’argent ou du temps à donner, pensez à eux en premier:

Le club des Petits Déjeuners du Québec

Centraide

Si vous voyez un autobus avec “L’Anonyme” graffité dessus, c’est un autobus qui aident les jeunes pauvres et itinérants. Ils sont toujours à la recherche de bénévoles et/ou d’argent pour continuer leur mission.

Mission Old Brewery

2 Comments

  1. Je voulais prendre le temps de tout lire avant de commentaire :P Vraiment touchant tout ça. J’étais au courant de quelques éléments mais je réalise pas à quel ça peut marquer quelqu’un, cette pauvreté. Merci d’avoir partagé, ça fait réfléchir pour sà»r. Ça me fait réaliser certaines choses aussi :P Très beau texte.

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