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L’histoire et moi

  

J’ai mon examen qui s’en vient la semaine prochaine pour mon cours d’approches historiques et méthodologie. Et hier, durant le cours, pendant que la prof nous expliquait les questions à l’examen (deux questions à essais, et on en répond une au choix), elle nous a posé une question:

Qu’est-ce que l’histoire pour vous?

Je n’y ai pas répondu durant le cours, trop inintéressée à parler à la classe, et trop occupée à chatter avec Babs ou Darling de ma fatigue et mon putain de nez qui coulait. J’ai préféré me poser la question aujourd’hui, bien au chaud et confortable dans mon bureau.

Mais qu’est-ce que l’histoire pour moi?
Une seule phrase, qui a longtemps marquée mon imaginaire, m’aide à définir mon domaine d’études et d’intérêts. “L’historien est comme un détective, mais sans l’adrénaline”. Je ne me souviens plus o๠je l’avais lu, mais j’ai été, et je le suis toujours, d’accord avec cette phrase. Le travail d’un historien n’est pas que de discuter d’un événement dans son espace-temps et son contexte politico-économico-socio-historique, mais bien de disséquer tous les aspects d’un événement, pour en faire sortir, à la lumière du grand jour, toute son importance et sa valeur. C’est montrer au monde pourquoi tel événement vaut plus d’être commémoré, ou gardé dans la mémoire collective d’une société ou d’un groupe qu’un autre. Pourquoi telle personne n’a été aussi importante ou influente sur le cours d’un événement. Et parfois, même souvent, c’est simplement amener une hypothèse, une idée seulement, qui sera peut-être reprise à long terme par quelqu’un d’autre qui aura été inspiré par notre idée. Bref, même si le dossier est clos sur un sujet depuis des années, voire des décennies ou siècles, la question apportée par un historienne pourrait être reprise par quelqu’un qui aura les outils nécessaires pour faire avancer la réflexion.
Bref, un peu comme un détective, qui doit inspecter les lieux, les preuves, les contre-preuves; amener son argumentation à terme avec ses conclusions, et hypothétiser la finale et les conséquences, la portée d’un crime, l’historien devra faire pareil, mais avec un événement, une personne.
Je me vous beaucoup plus comme une détective du temps à cause de cette phrase-là . Et lorsque les étudiants ou les professeurs parlent des courants historiques, ou des différentes catégories d’historiens dont on pourrait faire partie (historiens militaires, historiens sociaux, historiens politique, histoire des genres et des sexes, …) et qu’ils s’identifient à une catégorie, moi j’en suis incapable. Si je regarde, par exemple, comment la reine Cléopâtre fut caractérisée à travers les genres dans la culture, la littérature et la société, je vais tenter de regarder sous tous les angles, même si ça me prend des semaines, voire des mois, à finaliser mon travail. Je regarderai l’impact politique de sa mort sur l’Empire Romain et Octave, de l’assujettissement de l’égypte sous la gouvernance directe de l’Empereur; je regarderai la mythologie de l’image de Cléopâtre, et de l’image de la “Femme Orientale” dont elle est parvenue à représenter au fil du temps; je regarderai même comment Shakespeare en a fait une femme névrosée, capricieuse et soudainement devenue idiote lorsqu’amoureuse. Bref, je tenterai de regarder globalement une personne ou une image avant de donner mon opinion ou mon idée finale. Je n’aime pas l’idée d’analyser qu’un aspect en particulier pour valider une opinion personnelle, ou une idée, qui en soit n’avancerait pas l’histoire. La déconstruction et le postmodernisme en histoire, très peu pour moi j’imagine.
Une autre manière de voir l’histoire, comme un autre étudiant l’a dit hier durant le cours, c’est de voir les alternatives, de s’imaginer tous les “mais si…” possibles. Et si Hitler avait été accepté à l’école des Beaux-Arts au lieu d’être refusé (comme ce fut écrit par éric Emmanuel Schmitt dans La part de l’autre)? Et si Jules César ne fut pas assassiné aux Ides de Mars 44 av. J.C.? Et si Joséphine n’avait pas trompé Napoléon? Etc, etc…Un exercice futile, soit, et qui n’apportera que peu de choses à l’histoire, mais à´ combien plaisant et distrayant! Faut dire que j’ai toujours été intéressée par les théories des univers parallèles, et mon imagination trop fertile a toujours raffolé imaginer diverses situations dans des univers différents.
Il y a aussi toute la question des discours en histoire. Le discours sur les rà´les des sexes dans l’histoire, des femmes. Le discours racial aussi, o๠jusqu’à  récemment, la théorie du darwinisme social venait expliquer, et motiver subtilement aussi, toutes les politiques coloniales que les différents Empires ont utilisées pour valider leur pouvoir sur des nations conquises. Bref, je ne suis pas une partisane de discours, mais j’aime les reconnaitre et les regarder, un par un, par rapport à une personne ou un événement. Je ne me vois pas en privilégier plus qu’une autre, simplement parce que je suis une femme ou parce que je suis caucasienne (blanche). L’histoire me donne l’occasion de regarder dans les discours politiques et sociaux, les grands courants; je peux observer tout un monde par le biais de livres, de récits, de racontars oraux, de dessins, d’art…
Une autre étudiante dans la classe a mentionné un point que j’aime bien: l’histoire me permet d’étudier pleins de trucs, pleins de domaines dont je n’aurais peut-être même pas eu la chance d’étudier. Par exemple, moi je suis intéressée par l’astrophysique, les théories des voyages dans le temps, les univers parallèles, etc. (d’o๠mon intérêt pour StarGate et Star Trek, j’imagine), et étudier les grands penseurs et scientifiques, leur vies, motivations, découvertes…nous permet aussi de nous rapprocher de nos autres intérêts dans la vie. J’aime beaucoup la psychologie, mais vu le manque de bonnes notes et de motivation pour étudier dans ce domaine, je peux toujours me rabattre sur les concepts que certains psychologues ont pu développer par rapport à l’histoire, à certaines personnalités importantes de l’histoire, etc. Bref, l’histoire est aussi une espèce de domaine mixte combinant plusieurs champs d’expertises, pas juste celui de comprendre un événement, mais aussi de comprendre son concept, son fonctionnement…
En ce qui a trait à ce que je veux faire dans le domaine de l’histoire plus tard après mon cas, c’est le néant présentement dans ma tête. Oh, l’idée de travailler comme historienne contractuelle pour des boà®tes de jeux vidéo, pour aider à la conceptualisation des mondes de jeux (comme Prince of Persia par exemple) me plaà®t, mais les chances que ça arrive sont…minimes. Mais j’essaierai. Et devenir prof d’histoire? Je me tords de rire. Je ne suis qu’intéressée a niveau universitaire et peut-être collégiale, alors ça me prendrait un doctorat…suis-je assez folle et sans vie pour le faire? …peut-être! On verra avec le temps. En attendant, je reste webmestre et je m’amuse à être étudiante universitaire en histoire. On verra ce que ça donnera dans 5 ans!

2 Comments

  1. aaaah
    les Uchronies….

    Harry Turtledove nous en a donné des belles!

    Je vais mettre mon grain de sel ici:
    je pense que tout domaine peut être vu d’une manière close, comme s’il existait dans sa bulle, ou ouverte, comme faisant partie d’un tout.
    En fait, on en revient ici aux différents courants sociologiques et à la théorie des systèmes.
    Voir un événement dans son ensemble, c’est déjà  prendre le parti pris d’observer UN événement, UNE personne, et non d’observer l’évolution à travers une plus longue période de temps d’un phénomène. Car il faut restreindre, que ce soit dans la portée temporelle ou les paramètres observés, le champ d’action d’une étude, sinon, à trop en mettre, on ne fait que décrire et ça n’a plus de sens.

    Comme moi présentement…
    Ça m’apprendra à commenter à une heure tardive!!!

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