La mentalité du Québécois travailliste

Un autre sujet qui a été abordé – encore avec un ami! – récemment: cette mentalité de travailler, de faire tourner notre vie autour du travail, de se définir par le travail. Parce que si on ne travaille pas, on est paresseux, lâche; on ne participe pas à la société, à la collectivité…

Je haà¯s travailler. Oh, c’est sà»r, il y a des emplois beaucoup plus intéressants que d’autres, on en convient. Et parce qu’il faut travailler pour manger, vivre, habiter dans une maison… Le travail, c’est une plaie qui vient bouffer le 3/4 de notre vie. C’est une obligation qui nous empêche de réaliser autre chose de nos vies, qui nous empêche souvent de réaliser des rêves que l’on caressent depuis notre tendre enfance. Que j’en vois un venir me dire le contraire! 😛

En discutant avec mon ami, j’étais un peu dépassée de voir à quel point il y a une pression à devoir travailler, et à devoir travailler souvent des semaines énormes (on parle de 60, 80 heures). C’est normal de se tuer à la ‘job’, c’est pour te payer des plaisirs, c’est pour te payer une vie. Mais quelle vie, si on est trop fatigué le soir en rentrant du boulot, parle-t-on?

Je refuse de travailler des semaines de fou. C’est un choix que j’ai fait très jeune dans ma vie. J’ai décidé de m’endetter et d’aller étudier à l’école, au lieu d’aller travailler pour me payer un char et une maison. J’ai décidé de travailler raisonnablement, pas plus que 40 heures par semaine si c’est un emploi à temps plein, parce que je veux garder une saine équilibre mentale. Je refuse de devoir amener du boulot à la maison le soir, car pour moi, une fois sorti du boulot, la journée est terminée, et on remet le tout au lendemain. Pas question d’empiétrer sur mes heures de plaisirs et de relaxation, tout cela pour le profit, la promotion et le bonus à la fin de l’année!  Bref, après quelques ‘fortes’ discussions dans ma famille, j’ai tout simplement quitté la maison familiale il y a quelques années pour pouvoir vivre ma vie comme je le voulais, sans constamment me faire contester mes choix. Oh, je suis une vie d’étudiante, pas riche matériellement, mais au moins je fais ce que je veux. Et j,ai la chance, depuis quelques années, de ne pas devoir stresser du cà´té financier pour me loger et me nourrir: j’ai eu une âme charitable sur mon chemin pour me permettre de vivre mes rêves. Je ne pourrai jamais l’en remercier assez, je pense…

Par contre, je haà¯s voir autour de moi des amis qui subissent la pression de devoir travailler durant leur études, et ce pendant des heures interminables. Je ne trouve pas normale de travailler 40h/sem en même temps qu’étudier temps plein. Surtout à l’université. J’ai comme l’impression que les parents n’ont pas conscience du sacrifice de temps et de soi que l’on doit mettre dans nos études; et on dirait que c’est pire quand les parents n’ont pas fait de hautes études. Je suis chanceuse d’avoir eu du monde autour de moi qui savent que les études collègiales, et universitaires, peuvent être difficiles, demandandes et exigeantes. Par contre, pour mon ami, ils ont tellement l’impression que les études, c’est comme le seondaire: que l’on peut passer les cours en foutant rien, en lisant nos livres, sans prendre de notes intenses ou sans passer trop de temps là -dessus…J’ai eu la même impression dans ma famille à l’époque. Et ça m’attriste de voir que mon ami est au moins point que moi dans ma famille autrefois. C’est très, très dur à vivre, cette pression de travailler, de ne pas se faire comprendre, que les études, c’est important.

Bref, quand je suis confrontée à cette mentalité que c’est important le travail, j’ai juste envie de répondre “et les études pour avoir une meilleure job, une job intéressante et de notre goà»t, une job payante, vous en faites quoi”? Comme j’avais commencé à expliquer à mon ami, on dirait que dans notre société, la vieille mentalité catholique persistait dans notre définition du travail. Il faut travailler dur et fort; il faut tout donner pour performer; le bonheur, c’est par le travail…De toute façon, il faut travailler fort, car on peut toujours voir nos ‘jobs’ s’envoler pour le Mexique, la Chine ou l’Inde: eux ne sont pas difficiles, eux ils travaillent, eux ils performent. Discours politique des gens de la droite qui parle d’être lucide, compréhensif face à la mondialisation. Mon oeil, oui! Travaillons plus, faisons-nous exploiter plus, sinon nos jobs partiront ailleurs. Beurk, belle mentalité de cul qu’on laisse à nos générations futures…

Donc, à quoi ça sert de travailler 80h/sem, si on ne peut pas profiter de la vie, se cultiver, s’informer, se relaxer, sociabiliser? À quoi sert de travailler autant? Pour acheter, toujours consommer plus? Participer encore plus à la surconsommation qui gobe toutes nos ressources naturelles et matérielles dans notre environnement? À quoi ça sert, que j’ai une méga TV 58 po, si je n’ai juste pas le temps d’écouter la télévision?

Donc, cette belle mentalité de catho, qui nous avait enseigner au travers des années que le bonheur viendra dans un futur lointain, après de dures années de labeur, d’acharnement, à ne pas connaitre le bonheur immédiat. Au pire, le bonheur viendra dans l’Autre vie! Pas grave, du moment que vous travailliex à la sueur de votre front et donnez votre vie pour le travail, vous serez récompenser. Arghhh, j’ai comme l’impression que cette vieille mentalité est encore prise dans nos gênes, et que c’est encore valide aujourd’hui!

Alors, je clâme ici, haut et fort, que je haà¯s cette mentalité travailliste et que je refuse de vivre pour travailer. À date, je tiens bien ce que je clâme; est-ce que ça va survivre avec le temps? Je n’en ai aucune idée… 😯